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Homélie du 12ème dimanche ordinaire

Vous trouverez ci-dessous l'homélie relative à l'Evangile de Jésus Christ selon St Marc (4, 35-41) par le Père Denis LECOMPTE

Il nous faut lire ce passage de st Marc avec la simplicité du regard. Il est comme une sorte de « reportage » en direct réalisé par st Pierre qui fut le témoin oculaire des événements. Nous pouvons donc y chercher toutes les richesses qu'ils contiennent.

« Viens lui imposer les mains »

Ce qu'attend ce père, c'est un rite de guérison pour sa fille,  une bénédiction que Jésus va lui donner ou lui transmettre pour la guérir, parce qu'il est un prophète qui guérit, un maître. Certes, le chef de la synagogue n'emploiera pas ces termes, mais c'est bien ainsi que les gens de sa maison en parlent (Marc 5. 36).

L'attitude de Jaïre est impressionnante. Ce chef de synagogue n'hésite pas à se mettre à genoux et à supplier instamment. Il en oublie la dignité de la fonction qui est la sienne, et ce, devant la foule qui le connaît, au travers de laquelle il s'est frayé un chemin. Pour sa fille qu'il aime, bien sûr, mais avec quelle insistance auprès de Jésus.

Nous aussi, nous connaissons ces heures de prière qui viennent de l'angoisse et de l'amour, du refus de l'irrémédiable et d'un appel crié parce que l'espoir de la vie semble s'évanouir. « Qu'elle soit sauvée et qu'elle vive ! » Jésus ne dit rien, à ce moment-là. Pas même un simple mot pour tranquilliser Jaïre.

Jésus est parfois silencieux pour nous aussi, en réponse à notre prière. Mais il accompagne. Il n'attend pas et ne fait pas attendre. Il nous accompagne toujours, même quand il semble ne pas nous répondre immédiatement.

Qui m'a touché ?

2ème acte : une femme s'approche de Jésus sans se mettre directement en face de lui. Peu importe la raison. Elle a peut-être peur de lui adresser la parole en public. Crainte de dire son état devant tous ceux qui sans doute la connaissent. Et pourtant grande est son attente, ayant appris ce qu'on disait de Jésus, celui qui guérit tant de malades. Elle y a réfléchi longtemps en elle-même : "elle se disait : si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée" Marc 5. 28.


La réaction de Jésus n'est pas de lui en faire un reproche. Mais on ne peut rien lui dérober à son insu. Il est celui qui vient donner dans une "relation personnelle",  parce que toute parole ou tout geste direct, doit signifier un échange vécu entre nous et lui. En toute vérité. Le contact par la foi, le cœur, est d'un autre ordre que le contact simplement matériel.

Pour Jésus, nous ne sommes pas des personnes anonymes, perdues dans une foule. Il ressent chacun de nos appels, même si nous ne les lui exprimons pas ouvertement. Il sait, il les connaît  parce qu'il est force vive de Dieu. Il est la Vie. Quelle que soit notre démarche envers Jésus, nous devons nous rappeler cette parole de st Paul dans la 2ème lecture : « Vous connaissez la générosité, la
grâce, la gratuité du don de notre Seigneur Jésus-Christ. » (2 Cor. 8. 9)

On se moquait de lui

Mais revenons au 1er récit.  Les « gens de la maison » de Jaïre sont des braves gens. Avec discrétion, ils vont au-devant du père et le préviennent sans attendre de la mort de sa petite fille. Pourquoi déranger encore Jésus dont on attendait une guérison, puisque la mort a fait son œuvre ? « A quoi bon déranger encore le Maître ? » (Marc 5. 35)

Jésus a entendu. Il rassure. On trouve alors ridicule qu'il puisse affirmer : « Elle dort. » alors qu'il était absent pour recueillir le dernier soupir de l'enfant. Là encore, Jésus nous invite à vivre dans une perspective de foi, malgré toutes les réalités qui nous apparaissent définitivement perdues. « Crois seulement. » Jaïre était venu le trouver confiant dans sa puissance de guérison. Il est invité à vivre la foi en la personne même de Jésus.

Jésus attend de chacun de nous cette foi, une foi qui va par delà toute mort. Le pécheur n'est jamais un mort devant Dieu.  Il peut toujours revivre, car la
grâce divine est là toujours prête à lui redonner la vie divine. Le grand projet de Dieu nous est rappelé en 1ère lecture : « Dieu ne se réjouit pas de voir mourir des êtres vivants.. il a créé l'homme pour une existence impérissable..  Il a fait de lui une image de ce qu'il est en lui-même. » (Livre de la Sagesse 1. 13). Dieu est la Vie.

Jaïre et sa femme, les trois apôtres sont bouleversés. Jésus n'a fait aucune supplication, il n'a prononcé aucune bénédiction. C'est lui qui est la vie. Et il la rend en toute simplicité, en prenant par la main cette jeune fille, inconsciente. Comme il nous prend souvent par la main  sans que nous en ayons conscience.

il a pris avec lui trois témoins, Pierre, Jacques et Jean. Ceux-là même de la
Transfiguration, ceux-là même de son Agonie, ceux-là même de sa Résurrection. Garder le silence est sans doute nécessaire, parce qu'une telle résurrection pouvait être regardée comme un signe messianique évident  et provoquer trop tôt une agitation prématurée.

Jésus porte donc leur attention ailleurs, sur la jeune fille qui peut avoir faim après la faiblesse d'une maladie qui l'a conduit à la mort. « Donnez-lui à manger. » C'est pour elle qu'il est venu. Le geste qu'il a accompli n'a pas été un geste « publicitaire » pour se mettre lui-même en avant. Il l'a fait dans la discrétion. Alors la sollicitude cordiale de Jésus se tourne vers la jeune fille.


Et c'est alors déjà l'annonce du geste du Christ qui,  lui-même ressuscité, demande à ses apôtres au soir de Pâques, de quoi manger : non pour qu'ils s'enthousiasment de son retour, mais qu'ils aient foi en sa résurrection. Cette nourriture, ce repas sont ainsi le signe (notre Eucharistie) d'une joie partagée dans le Christ Vivant ; la vie est plus forte que la mort !

« Que mon cœur ne se taise pas, qu'il soit en fête pour toi » (Psaume). « Fais que le peuple assemblé pour te servir, soit accordé à la
sainteté de tes propres dons » (Prière sur les offrandes).

 

Père Denis LECOMPTE, le 1er juillet 2012

Article publié par Claire DUPONT • Publié Mercredi 11 juil 2012 - 19h32 • 1829 visites

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