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Homélie 2ème dimanche temps ordinaire

Vous trouverez ci-dessous l'homélie relative à l'Evangile de Jésus Christ selon St Jean (1,29-34) année A par le Père Denis LECOMPTE

Notre dimanche, dit "ordinaire", a encore quelque relation avec l’'Epiphanie "pour qu'il soit manifesté". Celle-ci englobait le baptême du Christ. C'est cette ordonnance que nous vivons cette année. Nous avons célébré le baptême du Christ le dimanche après l'’Epiphanie. Et, le dimanche suivant (Temps ordinaire), nous méditons des événements en relation avec ce baptême; ils nous introduisent d'ailleurs logiquement au ministère de Jésus.  Ce n’est pas encore la prédication publique "en plein", ce sont les préparatifs, l'’amorce de la grande intervention évangélique. Notre dimanche se présente donc comme un dimanche de transition : parce qu’il fait transition entre la vie cachée du Christ et son ministère public ; et parce qu'’il comporte encore des éléments épiphaniques : "pour qu'il soit manifesté", note St Jean.

Avec l'Evangile, nous contemplons Jésus ! Mais alors que Matthieu, Marc et Luc n’'y vont qu’à petits pas, ne font que soulever le voile pour faire deviner, qui est véritablement Jésus - Jean, dès le début de son évangile, arrache ce voile et fait apparaître le Christ dans toute sa majestueuse grandeur. On ne peut que s’'agenouiller, contempler. Suivons le doigt démesuré de Jean Baptiste qui désigne Jésus avec un Voici significatif.

Voici l’'Agneau de Dieu. Vision inouïe. Pour la comprendre, il faut revenir en arrière, jusqu’à la fameuse nuit où les Israélites, sur le point de sortir de l’Egypte, immolèrent des agneaux dont le sang mis sur les maisons les préserva de l'’extermination. Depuis, chaque année, à Pâques, on immolait des agneaux pour fêter la grande libération. Quand Jean Baptiste dit ici : Voici l’Agneau de Dieu - il voit déjà, par avance, Jésus en croix au moment où, à quelques pas de là, on immolait les agneaux pour la pâque, la fête de la libération. Il déclare ainsi Jésus le véritable Agneau pascal, le vrai libérateur.

"Voici le libérateur", pourrait-on traduire. Un mot qui nous parle. Dieu sait combien nous sommes prisonniers d'’impératifs économiques, conditionnés par les pressions idéologiques et publicitaires, enchaînés par la méchanceté et la bêtise humaines… et par nos propres lâchetés, lenteurs, limites ! Vraiment, le monde est mal fait. De temps en temps, une révolution soulève le couvercle oppresseur… pour le déplacer sur d’autres têtes. Jésus conduit le monde vers une tout autre libération. Il va jusqu’à la racine de notre mal : il enlève le péché du monde. Il ne commence pas par enlever nos souffrances, nos guerres, nos injustices. Il en enlève d’abord la racine, le péché, LE, au singulier significatif, celui qui renferme tous les autres : la rupture avec Dieu.

On aurait aimé lire, comme dans le grec, avec un de ces jeux de mots chers à l'’évangéliste : "il porte" le péché ; il le "porte" sur lui, sur la croix - il "l’'emporte", l'’enlève. L’araméen "taljah", que l’'on traduit habituellement par agneau, a aussi le sens de serviteur : Voici le Serviteur qui porte le péché du monde. On voit aussitôt la correspondance de cette traduction avec le chant du Serviteur de Yahvé dans notre 1ère lecture.

Jean Baptiste précise encore : ce Jésus vient derrière moi ; historiquement il me suit. Et pourtant il est plus grand que moi, il a sa place devant moi. Plus grand ? Comment le dire ? Il n'’y a pas de comparaison. Car avant moi il était, éternellement. Affirmation on ne peut plus explicite de la pré-existence du Verbe. Avant sa naissance historique dans notre monde, il était. Le Verbe était de toute éternité. (Jn 1,1). Et c’est pour cela qu’il peut effectivement nous libérer.

Je ne le connaissais pas, ajoute Jean Baptiste qui est pourtant le cousin de Jésus. Oui, pour voir Jésus il faut une lumière d'’en haut. Elle lui a été donnée et il peut dire : j’ai vu l'’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Encore une image peu familière, mal comprise au point qu’on a fait de l’'Esprit… un pigeon ! Jean semble faire allusion à la colombe au temps de Noé. Un rameau vert dans son bec, elle avait annoncé la fin du déluge (Gn 8, 11). Allusion encore à l'’Esprit de Yahvé qui planait sur les eaux au début de la création (Gn 1,2). Cette venue de l’'Esprit sous forme de colombe symbolique, annonce donc la fin du désastre humain et le début d'’une nouvelle création.

L’Esprit Saint ne vient pas sur Jésus "en passant", comme sur les prophètes. Il demeure sur lui, il l’habite entièrement. Au point que Jésus va le communiquer. C'’est ce que Jean précise : Celui qui m’a envoyé baptiser (le Père céleste) m’a dit : L’'homme sur qui tu verras descendre l’'Esprit, c’est celui qui baptise, plonge dans l'’Esprit Saint. Il donne l'’Esprit du Père. Enfin : c’est lui le Fils de Dieu. Fils au sens fort, Fils unique, tel qu’il fut proclamé à son baptême : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’'ai mis tout mon amour" (Mt 3, 17).

Quelle théologie ! Du concentré. Du massif. Dès le début, à la manière chère à l'’évangéliste mystique. Tout est dit de ce qui ne deviendra évident qu’à la fin.

Celui qui était de toute éternité  / il est mon libérateur  / il enlève mon péché profond  /il me plonge dans l’'Esprit Saint. Nous aussi : Oui, j'ai du prix aux yeux du Seigneur ! (1ère lect)

Vraiment, je ne le connaissais pas. Je ne te connais toujours pas encore Seigneur. Mais, si tu restes toujours insondable, que je te connaisse assez pour miser toute ma vie sur toi. Et puissé-je, comme Jean Baptiste, communiquer ma découverte à d’autres. Il y en a tant qui cherchent. Je veux leur dire : Voici l'’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Acclamation que la liturgie reprend à la sainte communion, comme pour nous rappeler l’essentiel, le noyau de notre foi : tu vas recevoir Celui qui veut te libérer ! Voici, regarde, prête toute ton attention, ouvre grand ton coeœur !

 

Père Denis LECOMPTE, le 19 janvier 2014

Article publié par Claire DUPONT • Publié Dimanche 19 jan 2014 • 1214 visites

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