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Homélie du 5ème dimanche de carême

Vous trouverez ci-dessous l'homélie relative à l'Evangile de Jésus Christ selon St Jean (8,1-11) année C par le Père Denis LECOMPTE

 

Que savons-nous de cette femme dont nous parle l’évangile ? Rien. Est-elle jeune, quel est son nom, son visage ? L'Evangile ne le dit pas. Tout ce que nous savons d'elle, c'est qu'elle a été surprise en flagrant délit d'adultère. Elle est le type même de la « femme-objet ». D'ailleurs son partenaire masculin est curieusement absent. Objet de convoitise, puis objet de mépris, elle devient objet qui va servir à régler une méchante querelle entre pharisiens et Jésus. Elle est comme déjà morte. On ne lui parle pas : tout se passe par-dessus son dos.
Dépités du succès de Jésus, les pharisiens utilisent cette malheureuse pour le coincer, lui Jésus. En faisant avancer une femme surprise en adultère, c’est lui qu’ils visent. La personne à abattre, c’est moins elle que lui. Le procès devant Caïphe prend ses racines dans un épisode comme celui-ci. Quoi qu’il réponde, pensent-ils, Jésus est coincé. Ils amènent donc la femme à Jésus et l'invitent à se prononcer sur son cas. Dans la Loi, Moïse nous a commandé de lapider les adultères. Toi donc, que dis-tu ?
Le piège en effet est redoutable. Si Jésus s'associe à la condamnation de mort prescrite par la Loi, il entre en rébellion contre le pouvoir romain qui s’est réservé la peine de mort. Et il contredit, du même coup, son enseignement évangélique sur le Dieu de miséricorde. Mais s'il ne le fait pas, il s'oppose à Moïse, l'autorité suprême; il blasphème et mérite le même châtiment que la femme

La réponse de Jésus se fait d'abord silence. Aux accusateurs Jésus répond d’abord par le silence. Se taire c’est souvent déjà répondre. Et que veut dire ce geste de tracer des traits sur le sol ? Les commentateurs se sont tordus le cou pour trouver la clé de l’énigme après tout secondaire. Peut-être dirions nous que Jésus dessinait une poutre : la poutre dans l'œil  de ceux qui prétendent enlever (les pharisiens) la paille de l'œil des autres ! Ou encore une allusion à un passage du prophète Jérémie où Dieu déclare « ceux qui se détournent de moi seront inscrits sur le sol ». En tout cas, ce silence et ce geste énigmatique de Jésus  agacent les accusateurs qui persistent à l’interroger. Courbé sur le sable, Jésus attend que se calme la meute. Il dédramatise la scène.
Lorsqu'enfin le tumulte s'apaise, Jésus se redresse : c’est lui maintenant qui semble être l’accusateur. Sa parole met alors devant leur responsabilité ces assassins en puissance, inconscients du crime qu'ils sont prêts à perpétrer :  La Loi prescrit de lapider ces femmes-là. Eh bien, que celui d'entre vous qui est sans péché jette la première pierre  (8, 7).

Phrase célèbre passée en proverbe !  Et il nous faut la reprendre  car nous avons tous un penchant pour le lynchage. Déjà au niveau physique : lorsqu'on attrape en flagrant délit un voleur à l'étalage sur un marché. Mais aussi au niveau psychologique : regardons bien nos réactions lorsqu'une personne – publique ou dans nos milieux de vie – est condamnée; le lynchage médiatique injuste s'ajoute souvent à  une sentence juste du tribunal.   Et, dans nos conversations,  nous participons tous à en rajouter. Jugements collectifs sans appel qui cassent des vies !

Qui d’entre nous est sans péché ? Et Jésus de reprendre ses dessins dans la poussière. Plutôt que de lancer l'un après l'autre leur pierre, lentement, ils s'en vont,  à commencer par les plus âgés, note st Jean avec malice (ont-ils de ce fait commis plus de fautes ? Ou ont-ils davantage appris à pardonner ?).
Tous sont partis; tous, sauf la femme qui est toujours là. Et lui. Quant à la femme en face de lui, que pense-t-elle ? Elle pourrait trembler, car voici devant elle Celui qui est sans péché. Lui jettera-t-il la première pierre ? Et, avec elle, serons-nous condamnés par la sainteté de Dieu ? Si nous avions conscience de notre faute comme cette femme qui nous représente, nous tremblerions devant Dieu. Les saints, eux, ont bien tremblé ! Mais voici qu’elle entend Jésus lui demander : « Où sont tes accusateurs ? » Ils ne restaient plus que deux, écrit superbement saint Augustin, la pécheresse et le sauveur, la malade et le médecin, la misère et la miséricorde.

La femme aurait pu s'enfuir, mais elle reste là. Très doucement, Jésus lui parle. Le ton, la question même révèlent l’attitude bienveillante de Jésus. Et sa question est teintée d'humour : Femme, où sont-ils? Personne ne t'a condamnée ? - Pas un, Seigneur. Réponse qui est déjà un acte de foi : elle donne à Jésus le titre pascal de Seigneur. Alors Jésus lui dit le mot libérateur : Moi non plus, je ne te condamne pas… (8, 10-11). Si les hommes, au cœur dur, toujours sur le point d'entrer dans la spirale de la violence,  ne t'ont pas condamnée, comment le Cœur infiniment miséricordieux de Celui qui est sans péché pourrait-il t'accuser ?

Au contraire, en finale de notre chap. 8 (notre épisode célèbre de la femme adultère est un épisode « volant », disent les exégètes, de tonalité lucanienne, et placé à d'autres endroits dans certains manuscrits ; il se trouve ici placé en tête d'un chapitre de Jean, qui s'achève sur une volonté de lapidation sur Jésus !), c'est Jésus que l'on cherche à lapider !

Va, désormais ne pèche plus. C’est un mot de résurrection ! Voici que je fais un monde nouveau, disait Isaïe (1ère lect).Et st Paul : Il s'agit de connaître le Christ, d'éprouver la puissance de sa résurrection 'ai été saisi par le Christ !  Oubliant ce qui est en arrière, tendu vers l’avenir, je cours vers le but  (2ème lect).

 

Père Denis LECOMPTE, le 17 mars 2013

 

Article publié par Claire DUPONT • Publié Samedi 16 mars 2013 • 1536 visites

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