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Homélie du 1er dimanche de carême

Vous trouverez ci-dessous l'homélie relative à l'Evangile de Jésus Christ selon St Luc (4, 1-13) année C par le Père Denis LECOMPTE

Après son baptême, Jésus, rempli de l'Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l'Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve par le démon. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le démon lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre. »
Le démon l'emmena alors plus haut, et lui fit voir d'un seul regard tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m'appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c'est lui seul que tu adoreras. »
Puis le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l'ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus répondit : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le démon s'éloigna de Jésus jusqu'au moment fixé.

 

« Carême » !? Souvent synonyme de tristesse, morosité, petits sacrifices, renoncements, « poisson du vendredi », etc. ; alors qu’il signifie d'abord 40. Si le carême a débuté mercredi dernier (les cendres), c’est pour que nous disposions de 40 jours (ne comptons pas les dimanches qui demeurent toujours de joyeux jours de fête) pour nous conduire à Pâques. Nous entrons « en quarantaine » parce que nous décidons de nous préparer à Pâques. La valeur du carême dépend donc de sa finalité : la Vie nouvelle, transfigurée par son passage par la croix.

Après son baptême, Jésus a consacré « un carême » (40 jours) pour se préparer à la mission qu’il venait de recevoir de son Père. Après son baptême, Jésus, rempli de l'Esprit Saint,  il fut conduit par l'Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve par le démon.

Curieusement,  la tentation fait partie du baptême : « conduit par l'Esprit pour être tenté » condition du baptisé adulte; mais c'est pour mieux rebondir : le bonheur de la vie, le bonheur de Pâques !

La tristesse du Carême, le « cœur brisé », c'est de se rendre compte qu'on a perdu la flamme intérieure du baptême, le feu intérieur de la confirmation. Tout redeviendra bonheur de vie et bonheur de Pâques si nous retrouvons la flamme intérieure, le feu intérieur, la passion de Jésus, la passion de Dieu et de son Evangile. Tout est là !

Jésus est venu subir les tentations avec nous. Il en a triomphé. Il est donc avec nous durant nos tentations. Sachons prendre conscience de Sa Présence. Jésus s'insère dans les tentations, durant 40 ans,  du peuple de Dieu (qui vient de sortir d'Egypte)  pour les surmonter,  pour nous en montrer l'issue pascale !

 

- 1ère TENTATION   Après avoir jeûné 40 jours et 40 nuits, Jésus eut faim. Le démon lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre. »

Jésus avait jeûné. Le véritable jeûne, dit Benoît 16, c'est s'abstenir de nourriture, mais c'est surtout s'abstenir du mal. A nous de voir ! Et si on s'abstient de pain c'est pour partager et écouter la Parole de Dieu (Jeûne, partage, prière : les 3 axes du Carême).

Lors de leur marche à travers le désert (40 ans), les Hébreux avaient demandé à Dieu du pain  et il leur avait offert de la manne. Mais Jésus connaît sa Bible, il sait l’interprétation qui sera donnée à cet épisode : si Israël marchait en recevant une nourriture frugale au jour le jour, c’était afin d’apprendre que le plus important n’est pas le « moyen de vivre » mais « la raison de vivre », la connaissance de son itinéraire, la certitude d’atteindre le but (Ex 16; Dt 8, 1-5).

L’homme vit non seulement de pain mais de tout ce que Dieu lui révèle. L’homme vit de sens, de signification, d’écoute. Pour quoi vis-tu ? Pour QUI vis-tu ? Jésus est convaincu qu’il ne vit vraiment que s’il accomplit la volonté de son Père. Nous ne pouvons pas jeûner aujourd'hui, sans nous nourrir de la Parole de Dieu.

Le carême sera donc d’abord un temps d’écoute et de méditation de la Parole de Dieu : fermer les oreilles aux slogans menteurs et prendre un long temps pour demander : « Que me dis-tu, Seigneur ?  Comment vivre aujourd’hui en chrétien ? ». La Parole est près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. Proclamait St Paul en 2ème lecture.

 

- 2ème TENTATION : Le démon l'emmena alors plus haut, et lui fit voir d'un seul regard tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m'appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c'est lui seul que tu adoreras. »

Cette dernière phrase fait allusion à l'adoration des idoles, la fameuse adoration du veau d'or, pendant que Moïse recevait les Tables de la Loi sur le Mont Sinaï (Ex 19 et 32), là où Dieu s'était révélé comme le Dieu Vivant !

Plutôt que nos idoles, retrouvons le Dieu vrai et Son Evangile, retrouvons la flamme et le feu intérieur, l'amour de Jésus, et tout sera facile : alors tu seras sauvé nous assurait St Paul en 2ème lecture.

 

- 3ème TENTATION : Puis le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l'ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus répondit : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. »

Mettre à l'épreuve le Seigneur. L'épisode biblique durant le grand Carême des 40 ans du Peuple de Dieu dans le désert est celui de Massa et Meriba (Ex 17, 1-7) qui veut dire précisément « querelle, mise à l'épreuve ». Il s'agit de la soif, cette fois. Et l'eau jaillit du rocher.

Mais en Nb 20, 1-13, il s'agissait de « parler » au Rocher. Et voici que Moïse le frappe 2 fois ! Et les Pères d'ajouter : si Moïse n'avait pas frappé le Rocher (lequel est le Christ, révèle St Paul), peut-être que le soldat n'aurait pas eu à frapper le Côté du Christ, le vrai Temple ! Ce sont nos incrédulités, nos querelles qui ont entraîné la mort du Christ.

 

Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le démon s'éloigna de Jésus jusqu'au moment fixé.

 

TEXTE À MÉDITER 

 

Parlant de la dérive du monde moderne « vers une immense fourmilière où toute révolte, tout appel à la liberté sont matés d’avance »,  le grand théologien orthodoxe Paul Evdokimov  écrivait :

 

« Tous les écrits de Dostoïevski sont un commentaire génial de cette évolution, à la lumière du récit évangélique des trois tentations du Christ au désert. Déjà les Pères de l’Eglise ont vu dans ce récit les « ultissima verba » du message évangélique.

A la vision du destin de l’homme dans la Sagesse divine, le Tentateur oppose son propre projet. Toute l’histoire humaine se déroule dans un raccourci saisissant où tout est dit dans un sens ou dans un autre. Satan avance la triple synthèse, les trois solutions infaillibles de l’existence humaine, infaillibles car elles représentent les trois formes de la destruction de la liberté.

 

En effet « transformer les pierres en pain », c’est fabriquer en série et à volonté le « pain sans sueur », sans effort, c’est résoudre le problème économique, c’est supprimer l’obstacle, la lutte ascétique et la création.

 

« Se jeter du haut du temple », c’est supprimer le temple et le besoin même de la prière ; c’est substituer à Dieu le pouvoir magique, s’approprier tous les mystères et résoudre ainsi le problème de la connaissance.

 

Enfin « réunir toutes les nations » par le pouvoir de l’unique glaive, c’est résoudre le problème politique, inaugurer l’ère de paix de ce monde ».

 

Si le Christ repousse les trois tentations, triple esclavage de l’homme, par contre, le même projet démoniaque s’offre aux hommes et conditionne leur histoire.

Il faut l’avouer, l’empire de Constantin, proclamé trop rapidement chrétien, se construit en mélangeant la lumière et l’obscurité, les trois tentations de satan et les trois réponses immortelles du Christ. »

(Paul EVDOKIMOV, La connaissance de Dieu selon la tradition orientale, éd.D.D.Brouwer 1988, p. 147)

 

Père Denis LECOMPTE, le 16 février 2013

Article publié par Claire DUPONT • Publié Samedi 16 février 2013 - 21h07 • 2005 visites

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