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Homélie messe du Saint Cordon 2011

Prédication de Mgr Jean-Luc BOUILLERET évêque d’Amiens

 

Frères et sœurs, chers amis, quel bonheur et quelle joie de se retrouver ce matin pour fêter  Notre Dame du Saint Cordon. Nous faisons mémoire d’un événement du passé pour demander secours pour les jours d’aujourd’hui. Nous venons honorer Marie, mère de Dieu et de l’Eglise pour qu’elle poursuive son œuvre de protection envers toute la cité de Valenciennes et envers chacun d’entre nous.

C’est au cœur de la vie humaine que Dieu est à l’œuvre. Notre vie est faite de joies et de peines. Notre vie humaine est marquée par notre capacité à tendre la main à celui qui est à nos côtés. Elle est aussi marquée par nos refus de nous ouvrir à la solidarité humaine. Lorsque nous tournons le dos à notre voisin, notre prochain, nous tournons le dos à notre humanité.

Nous savons que la vie humaine nécessite une protection particulière. L’homme est à la fois la créature la plus grande de cette terre mais aussi la plus fragile. Nous sommes capables du meilleur comme du pire. Aujourd’hui, nous voulons nous redire que nous appartenons à la même humanité qui tend la main pour établir ce « cordon salutaire » qui nous permet de grandir en humanité. 

Cette tradition plus que millénaire lie le passé au présent et ouvre sur l’avenir. La mémoire de cet événement salutaire de la nuit du 7 septembre 1008 se transmet de générations en générations. Marie est venue dérouler un cordon tout autour de la cité pour la protéger de la peste. Tout au long de l’histoire de l’Eglise, Marie a manifesté que Dieu prend soin de hommes et des femmes de cette terre.

Il arrive que nous entendions cette interrogation : Que fait donc Dieu ? La réponse nous est donnée en cette fête du Saint Cordon : Dieu prend soin de nous. Il n’est pas un Dieu magique qui viendrait bouleverser la nature et l’histoire. Il s’inscrit dans cette solidarité humaine qu’Il a manifestée d’une manière unique en envoyant son Fils et en acceptant sa mort sur la croix. En cet événement de la mort et de la résurrection du Fils de Dieu, Dieu a définitivement sauvé l’humanité.  Ainsi le secours que Marie nous accorde est la concrétisation en un temps et en un lieu du secours de Dieu envers nous tous.

En ce 11 septembre 2011, comment ne pas faire mémoire des attentats survenus aux Etats Unis le 11 septembre 2001. Le monde découvrait en direct une attaque sans précédent sur le sol américain. Ainsi se manifestait une peste tout aussi terrible que celle qui a ravagé l’occident hier, la peste du terrorisme. Des milliers d’hommes et de femmes sont morts parce qu’ils étaient là. Des milliers d’hommes et de femmes souffrent encore dans leur corps et dans leur esprit des conséquences des attaques meurtrières. Des innocents ont été touchés. Aujourd’hui encore sur toute notre planète des innocents sont victimes d’attentats meurtriers. La peste de la violence et de la guerre pourrit notre humanité.

La première lecture nous éclaire d’une lumière forte en ce jour d’anniversaire du 11 septembre 2001 : « Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur s’obstine. L’homme qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur… Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait… » Chemin impossible pour les hommes, seul Dieu peut donner la force, la grâce de cette conversion et du pardon dont nous parle l’Evangile

Que faire ? C’est à cette question que l’Evangile ouvre un chemin nouveau, une nouvelle alliance. Aujourd’hui, nous sommes invités à prier et à nous convertir pour faire œuvre de paix. La racine du mal se trouve dans le cœur de l’homme et non pas chez Dieu. L’évangile nous rappelle que le seul chemin de cette fraternité humaine universelle à laquelle nous aspirons tous est le chemin du pardon et de la réconciliation.

Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. »

Tant que nous n’aurons pas compris que le pardon et la réconciliation sont le seul chemin qui ouvre à la paix, nous serons toujours méfiants les uns envers les autres. C’est le chemin pascal qui guide la vie chrétienne. Marie a pris le chemin du Golgotha accompagnant son Fils jusqu’au don suprême. Elle sait ce qu’il en coûte de donner la vie, de livrer la vie.

Notre vie atteint sa plénitude dans l’ouverture  radicale envers les autres. Saint Paul l’exprime à sa manière : « Aucun d’entre nous ne vit pour soi-même et aucun ne meurt pour soi-même. Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. » Chrétiens, notre vie est donnée à Dieu qui nous ouvre au don pour nos frères et sœurs de cette terre.

Je ne voudrais pas terminer cette homélie sans évoquer la deuxième partie de l’évangile. Elle nous parle de dettes. Quand nous ouvrons les journaux, nous n’entendons parler que de dette. De nombreux pays ont accumulé des dettes abyssales. L’homme de l’évangile doit à son maître soixante millions de pièces d’argent. Somme considérable qui peut faire vivre une famille de cette époque pendant quatre-vingt mille ans. Sa dette financière lui est remise mais il n’a pas compris que cette dette financière n’est que la figure de la dette de cœur. Son cœur n’est pas transformé. Il demeure enfermé en lui-même et fait mettre en prison celui qui lui doit cent pièces d’argent. Quelle disproportion entre d’un côté soixante millions de pièces et de l’autre cent pièces. La différence est caricaturale.

Aujourd’hui, ce qu’il manque aux systèmes économiques et financiers, c’est la confiance qui a tant fait défaut au débiteur impitoyable. Sans la confiance, tout s’écroule… Le Conseil Famille et Société de la Conférence des Evêques de France lance un appel dans un petit ouvrage salutaire Grandir dans la crise : « Pour l’Eglise, l’avènement d’une société juste et fraternelle exige que la personne humaine soit au centre des systèmes économiques et sociaux et que toutes les personnes humaines sans exception aucune soient respectées dans leur dignité. » Le monde ne sera sauvé que si nous ouvrons de nouveaux chemins de confiance et si l’homme est remis au cœur de toutes nos institutions. Ce sera le « cordon salutaire » qui empêchera de nouvelles pestes de détruire notre humanité.

Frères et sœurs, implorons Notre Dame du Saint Cordon pour qu’elle ouvre nos cœurs au partage, à l’échange, à la solidarité et à la fraternité universelle.

Le petit cordon que nous porterons sera le signe de notre volonté de faire alliance avec tous et de nous ouvrir à la réconciliation et au pardon.

+ Jean-Luc BOUILLERET évêque d’Amiens

le 11 septembre 2011

 

Article publié par Claire DUPONT • Publié Dimanche 18 septembre 2011 • 2490 visites

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