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Homélie 5ème dimanche temps ordinaire

Vous trouverez ci-dessous l'homélie relative à l'Evangile de Jésus Christ selon St Marc(1, 29-39) Année B par le Père Denis LECOMPTE

La vie de l’'homme est une corvée ! Ce genre d'’affirmation dérange. Mais elle sonne vrai.   Parce qu’'elle est dans la Bible. Parce que la liturgie prétend qu’'elle peut nourrir notre prière de ce jour. Parce qu’'elle est nôtre : crises…, souffrance…
Job a le sens de l'’image qui touche. Il compare l'’homme à un esclave qui ne subsiste que par un travail forcé. Il travaille pour un autre et sait que dans sa vie, il n'’y a plus de place pour le bonheur. Il n’'espère même plus la guérison qui le soulagerait de ses maux ni le repos qui apaiserait son sommeil : il sait que la mort emporte bientôt tout cela, tout répit est vain. Il ne gagne que du néant  et des nuits de souffrance.  Bref, une seule solution réaliste : le "zéro espérance" !
Pourtant, au milieu de cette nuit de l'’absurde, une lumière jaillit chez Job : Souviens-toi !, Souviens-toi, Seigneur ! Ce sont les premiers mots de la prière d’'Israël… "Souviens-toi Israël, le Seigneur est Un".  Ce sont les mots qu’'on retrouve dans bon nombre de psaumes. Au coeœur de sa détresse, Job tutoie donc Dieu et lui demande de se souvenir de son amour, de son Alliance. Souviens-toi, ma vie n’'est qu’'un souffle,  c'est-à-dire "Seigneur, vois ma faiblesse, souviens-toi aujourd'’hui car demain il sera trop tard".
Quelle espérance ! Job nous rappelle que le Seigneur est proche, que Dieu est présent au fond de nos abîmes.  Il est bon de se le rappeler.  En effet, notre souffrance peut être telle  que tout le champ de notre conscience soit tout occupé par elle, au point que notre regard sur Dieu est marqué par cette souffrance. Notre souffrance peut défigurer Dieu.
Dans une telle impasse, Job nous révèle qu’'il reste toujours une issue, il existe un chemin vers Dieu, dont la porte d’'entrée est notre cri sur l’'absurdité de la souffrance. Notre être qui se révolte contre la souffrance est justement celui que Dieu atteint. Nous percevons que Dieu est Justice et Amour.… Et nous lui disons alors dans l’intimité : "Souviens-toi de ta Justice, de ton Amour".


Il n’est pas possible en effet que Dieu nous laisse sombrer  dans le non-sens du mal.  Le Créateur a ordonné magnifiquement le monde où nous vivons. Il déborde de sens.  Il indique sa source et son terme.  Le psalmiste le reconnaît quand il s'’écrit : "Dieu compte le nombre des étoiles, il donne à chacune un nom". C’'est en-soi une vraie bonne nouvelle.  L’'univers a été créé par Dieu, et ça change tout.  Alleluia, clament les psaumes;  vive le Dieu qui libère son peuple, vive le Dieu qui "guérit les coeœurs brisés et soigne les blessures" ! C'’est un cri de victoire et de reconnaissance qui fait taire la plainte de la souffrance. Dieu a toujours le dernier le mot, qui est l’'amour. Et quand Job s'exclamera "mes yeux ont vu Dieu", les Pères de l'Eglise traduiront : Job a vu Dieu sur la Croix, épousant notre souffrance et notre mort, suivi du "passage pascal" de la Résurrection Transfiguration.

- La preuve nous en est donnée dans l’Evangile. Jésus se penche vers les malades, et les guérit tous. En les libérant, il montre qu'’il ne veut pas la maladie et la souffrance qui accablent l’'homme. Elles ne sont jamais bonnes en elles-mêmes, même s'’il est possible d'’en faire un chemin de croissance spirituelle.

 

Le seul état que Dieu désire pour nous est celui de "ressuscité". C'’est ce qu'’atteste la guérison de la belle-mère de Simon. Jésus la prend par la main et la fait se lever, montrant ainsi qu’il veut  pour l'’humanité malade du péché et de ses conséquences, la gloire de la résurrection. Il nous montre aussi combien Job visait juste. Jésus qui guérit est un Dieu proche. Dans cette scène que nous rapporte st Marc, pas de grand discours, pas de considérations sur l’'origine de la maladie, sur la façon dont elle a pu être contractée. Il n’'y a pas,  cette fois-ci, de public qui se presse à la porte, il n’y a pas de question qui oppose les témoins, aucun étonnement. Tout est simple et naturel. Dans l'’intimité d’une maison, dans le calme d’un foyer, Dieu donne sa réponse aux cris de Job ; cette réponse se dit dans le silence de la main tendue de Jésus, qui relève et rend la vie.
Bien entendu, les nouvelles vont vite. Entre amis, entre voisins, on ne se cache pas ces choses-là, au contraire. Aussi, le soir venu, c'est-à-dire lorsque le sabbat est terminé et que l'on peut marcher longuement, tous accourent, tous demandent la guérison, la fin de leur souffrance.  Et, avec la même simplicité, Jésus guérit, Jésus chasse les démons.
Et Jésus impose le silence aux démons qu'’il chasse. Il les fait taire parce qu'’ils disent que Jésus est le Messie. En effet, en divulguant une information qui pourrait être mal comprise,  Jésus pourrait être pris pour un autre. Il ne suffit pas de dire que Jésus est le Messie  pour découvrir le Père qu’il révèle, il faut accueillir de lui quel Messie il dit être. Là est la raison profonde de son ordre de silence. Jésus a autre chose à nous dire et il doit être entendu.

- Cette détermination de Jésus est reprise par st Paul : Malheur à moi, si je n’'annonce pas l’'évangile. C’'est pour cela que je suis sorti a dit Jésus. Les 2 expressions sont équivalentes.  Jésus n’'est pas venu pour attirer les foules comme un guérisseur ; mais pour les enseigner,  les rassembler et les conduire à la maison du Père. S’'il fait taire les démons, s'’il ne répond pas à l'’appel pressant de la foule au petit matin, c’'est pour que son propre enseignement soit entendu. Et en se mettant en marche, il nous enseigne que lui "Dieu qui se fait proche" est ailleurs. Il est au-delà de nos attentes, car elles sont trop petites pour le contenir.


Au terme de l’'évangile, Jésus ouvre un chemin où nous sommes tous invités à le suivre. Là est sans doute le plus grand enseignement à mettre en œoeuvre pour notre semaine à venir. Tout ce que Jésus a fait est destiné à être imité par ses disciples. Les demandes que nous lui adressons sont sans doute légitimes, notre attente d’être relevés comme la belle-mère de Simon est grande, mais nous ne vivrons de la joie de la résurrection que lorsque nous saurons modeler l’'emploi du temps de nos journées sur cette journée ordinaire de Jésus que st Marc vient de nous raconter. On ne peut pas vivre de Jésus sans vivre comme lui.  Nous n’aurons sans doute pas à marcher à travers le pays ni à résister aux assauts de la ville entière, mais nous reconnaîtrons la présence du Ressuscité quand à tout instant de nos journées nous serons tout tournés vers Dieu et vers nos frères : Dieu rencontré dans la prière, nos frères aidés à se mettre debout et à retrouver la dignité des fils de Dieu, la joie de servir notre Maître. Car ce dont nous avons le plus besoin ce n’est pas tant d’'être soulagés de nos souffrances, mais d’être sauvés. Or voici qu’'Il vient en nos maisons, Celui qui porte le salut ; accueillons-Le.

 

Père Denis LECOMPTE, le 8 février 2015

Article publié par Claire DUPONT • Publié Dimanche 08 février 2015 • 876 visites

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