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Homélie du 3ème dimanche de Pâques

Vous trouverez ci-dessous l'homélie relative à l'Evangile de Jésus Christ selon St Luc (24, 35-48) par le Père Denis LECOMPTE

D’après des enquêtes, un certain nombre de catholiques pratiquants avouent ne pas croire à la Résurrection de Jésus. Faut-il s’en étonner ? Les évangélistes reconnaissent que les premiers disciples eux-mêmes ont eu beaucoup de mal à entrer dans cette foi, à accueillir vivant celui dont ils étaient persuadés qu’il était bien mort en croix et enseveli au Golgotha. C'est ce que nous révèle aujourd’hui saint Luc :

Les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux 11 Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route et comment ils avaient reconnu le Seigneur quand il avait rompu le pain. Comme ils en parlaient encore, lui-même était là au milieu d’eux et il leur dit : «  La Paix avec vous ». Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os et vous constatez que j’en ai  ». Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire et ils restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : «  Avez-vous ici quelque chose à manger ? ». Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux »

 

On est en pleine nuit à Jérusalem, dans la semaine pascale. Quelque part dans une maison, Cléophas et son ami, de retour d’Emmaüs, viennent d'arriver dans la communauté où on leur a appris que Jésus est apparu à Pierre ; et eux-mêmes de raconter ce qu’ils viennent de vivre. L?effervescence est à son comble dans le groupe : vrai ou pas vrai ? hallucination ? fantôme ?... On est loin de l’image tracée par des auteurs incroyants où l’Eglise aurait pertinemment inventé « la solution » de la résurrection du Christ afin de prolonger son action et étendre son pouvoir. Au contraire, à l’origine, il y a eu débat, choc des affirmations et des négations. C’est dans une communauté déchirée que subitement JESUS EST LA AU MILIEU D’EUX - et même alors certains restent incrédules.

 

Luc insiste : le Ressuscité n’est ni une hallucination, ni une projection, ni un esprit et il va même jusqu’à montrer Jésus en train de manger devant les siens. Dans le milieu grec où St Luc travaille avec St Paul, il eût été tellement plus facile d’affirmer que l’âme de Jésus, enfin débarrassée de son corps, était au ciel (cf. Paul accablé de sarcasmes lorsqu’il parle de résurrection aux philosophes d’Athènes : Ac 17, 32). Mais la résurrection concerne l’être humain tout entier car la matérialité corporelle n’est pas une tare, un obstacle. La puissance divine est capable de la transfigurer. A-t-on jamais exalté à ce point l’honneur de notre corps ?

 

RELIRE LES ECRITURES :

 

Puis Jésus déclara : «  Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes ». Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures.

 

Jésus n’éclate pas en colère, pas plus qu’il ne les invite à aller constater que le tombeau était vide. Pour accepter la Résurrection, il convient de regarder les Ecritures : reparcourir le chemin des Ecritures. Tous les récits évangéliques ont manifesté l’ambiguïté des succès de Jésus : on l’acclamait pour ses guérisons miraculeuses, on le voyait comme Messie puissant qui allait enfin libérer Israël de l’occupant romain puisque bien des pages bibliques portaient l’espoir d’un Messie victorieux, d’un Israël puissant. Tant de fois, dit Jésus, j’ai essayé d?attirer votre attention sur d’autres pages des Ecritures (cf. 9,22 ; 9,44 ; 12,50 ; 13,33 ; 17,25 ; 18,31 ; 20,13 ; 22,32) mais vous ne compreniez jamais, vous ne vouliez pas comprendre.

Le temps pascal est donc la période où nous avons à lire et relire le Premier Testament. Parce qu?on le disait « ancien », on a jugé qu’il était dépassé : grossière erreur ! Le pasteur martyr D. Bonhoeffer disait que nul n?a le droit de lire l’Evangile s’il ne connaît pas au préalable la Bible. Il faut demander au Christ Jésus et à son Esprit de nous « ouvrir à l’intelligence des Ecritures ». Et notamment lire les « Actes des Apôtres » où l’on voit le travail des premiers chrétiens parvenant à découvrir qu’effectivement les Ecritures lues à la synagogue, annonçaient un Messie glorieux par la souffrance :

PSAUME 16 : « Ma chair reposera dans la confiance car tu n’abandonneras pas ma vie au séjour des morts ; Seigneur, tu ne laisseras pas ton Saint connaître la décomposition » (= Ac 2, 26)

DEUTERONOME 18, 15 : « Le Seigneur suscitera pour vous, d’entre vos frères, un prophète tel que moi, Moïse ; vous l’écouterez ;.. » (= Ac 3, 22)

ISAÏE 53 : Le Christ a souffert pour vous, vous laissant un exemple. Lui qui n’a pas commis de péché et dans sa bouche, il ne s’est pas trouvé de tromperie ; insulté, il ne rendait pas l’insulte Dans son corps, il a porté nos péchés sur le bois afin que morts à nos péchés, nous vivions pour la justice, lui dont les meurtrissures vous ont guéris » (célèbre page du Serviteur souffrant =  1 Pierre 2, 21-25).

 

Jésus conclut : « C’est bien ce qui était annoncé par l’Ecriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d’entre les morts le 3ème jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C’est vous qui en êtes les témoins. (Ajouter la phrase suivante, omise curieusement dans le lectionnaire :)

                    Je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis »

 

La Pâque est radicalement accomplie par Jésus : tout est achevé en principe. Mais ce n'est pas là seulement un fait à savoir ni un dogme à connaître. Son annonce et son accueil visent à changer l’humanité, à l’accomplir dans la paix de Dieu. S’ils croient en Jésus « le Crucifié-Ressuscité », les hommes sont libérés de la prison du péché et deviennent citoyens du Royaume : cette grâce ultime est à proclamer sans cesse et partout.

Pour cela, une chose est absolument nécessaire : recevoir une force divine car la mission est bien davantage que bonne volonté, gentillesse, dynamisme humain, esprit d’entreprise. C’est pourquoi Jésus termine par la promesse du don de l’Esprit-Saint qui, pour Luc, sera offert à la Pentecôte et ouvrira le récit admirable des « Actes des Apôtres » : on y voit comment des hommes et des femmes, faibles et sans moyens, ont pu en quelques années seulement rayonner dans toutes les directions, joyeux et capables désormais d’affronter les dangers et la mort. Jésus « est au milieu des disciples », précise s. Luc (pas dans un coin de la pièce, près de la cheminée, de la fenêtre, de la porte) ; Il est au cœur des disciples : quel Trésor, quelle Force !

Il est donc essentiel d’accueillir en nous le don de la Vie, la Présence du Christ ressuscité et de Son Esprit. La durée liturgique du Temps pascal le manifeste : si le Carême dure 40 jours, le Temps pascal s’étend sur 7 semaines, 50 jours ! Après le Carême, nous sommes surtout invités à recevoir le don de l’Esprit.

 

Père Denis LECOMPTE, le 22 avril 2012

Article publié par Claire DUPONT • Publié Dimanche 22 avril 2012 - 15h27 • 1880 visites

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