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Homélie du 3ème dimanche de carême

Vous trouverez ci-dessous l'homélie relative à l'Evangile de Jésus Christ selon St Luc (13, 1-9) par le Père Denis LECOMPTE

Sans cesse, Dieu nous invite à nous convertir.

 

 

Les 2 derniers évènements des dimanches de Carême étaient clairs (Tentation / Transfiguration) ; de même les prochains : Enfant Prodigue / Femme adultère.

 

Aujourd’hui évènement mystérieux mais profond car il aborde une réalité mystérieuse et vitale : mal, péché, mort, souffrance, l'Etre de Dieu, Feu, Nuée, patience, notre conversion.

Jésus formule une question qui nous habite tous : ces victimes de tempête, de séisme ; ces prisonniers politiques croupissant dans leurs prisons ou exécutés sommairement ; ces colonnes interminables de réfugiés errant sur les pistes africaines ; voire même nos proches ou amis, atteints de maladies incurables, pourquoi ? Qu’ont-ils fait pour « mériter » un tel sort ?

 
Ou à l’inverse, qui n’a pas secrètement rêvé d’une justice punitive immanente pour tous les bourreaux de la terre qui sévissent impunément ?
Et pour nous-mêmes, ne nous est-il pas arrivé de demander des comptes à Dieu lorsque nous nous sommes trouvés affligés d’épreuves que nous estimons imméritées ?

Face à ces questions délicates,  mieux vaut écouter ce que Jésus a à nous dire, plutôt que de nous égarer dans de vaines spéculations.


Sa réponse énigmatique se développe en 2 temps :

- « Non ces personnes ne sont pas punies pour des méfaits particulièrement graves qu’elles auraient commis » - ce 1er point  récuse définitivement toute explication en termes de rétribution personnelle. Justice distributive conséquence actes. Jésus refuse que ce soit la faute personnelle de chacun  qui soit la cause immédiate des malheurs qu’il endure.

 

- La suite est par contre beaucoup moins rassurante : « si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux ». Il y a donc bien un rapport entre la prolifération mortelle du péché et la conversion.

 

3 pistes :

1. Si conversion,  Royaume de Dieu arrive : fin des temps

2. Le Royaume de Dieu est là : il entraîne qualité de cœur  et force pour vivre les cataclysmes

3. et plus simplement le péché de chacun et de tous s’ajoute au poids  qui écrase l’humanité entière.

Ce n’est pas Dieu qui punit l’homme de ses péchés, lui infligeant des souffrances en expiation de ses fautes ; mais chacun de nous, par le mal qu’il commet, est complice du malheur de tous ses frères. Une âme qui s’élève, élève le monde enseignait-on aux enfants de la génération précédente ; et une âme qui s’abaisse, abaisse le monde. Ce proverbe souligne fort à propos notre responsabilité personnelle objective dans les malheurs qui affectent notre humanité. Si on évoque le péché, c’est pour s’en reconnaître tous atteints. C’est donc à nous convertir qu’il faut s’appliquer, car le grand malheur c’est le péché. L’attitude qui consiste à accuser systématiquement Dieu de tous les maux de la terre n’est qu’une fuite devant cette responsabilité redoutable que nous partageons tous.

 

La 1ère lecture de la liturgie de ce jour  nous confirme fort à propos que Dieu n’est pas le juge - voire le bourreau - de l’homme ; qu’il n’est pas non plus un monarque lointain, indifférent à ce qui nous arrive ; mais qu’Il est tout au contraire solidaire de ses enfants dans leurs épreuves, se faisant proche d’eux, sans vérifier au préalable si le mal qu’ils subissent est mérité ou non : « J’ai vu la misère de mon peuple ; j’ai entendu ses cris ; je connais ses souffrances ; je suis descendu pour le délivrer et le faire monter vers une terre ruisselante de lait et de miel » (1ère lecture). Il est Vie : Je Suis ! Il est Nuée Rocher auquel on se désaltère « et ce Rocher qui les accompagne » c'est le Christ (2ème lecture) !

 

Nous croyons que dans son Incarnation et sa Croix, le Fils de Dieu a accompli pour nous cette « descente » jusqu’au fond des abîmes de la souffrance et de la mort qui affectent notre humanité ; et que le Père l’a « fait monter » dans la gloire du ciel, nous entraînant avec lui dans sa Résurrection. Il n’est dès lors pas d’autre chemin pour échapper à l’absurdité de la condition humaine marquée par les conséquences morbides du péché, que celui de la conversion au Christ. C’est en nous unissant à Jésus dans l’Esprit Saint – c’est-à-dire dans la foi, l’espérance et la charité - que nous pouvons assumer les difficultés de notre vie, en attendant  de traverser la mort et de participer à la vie glorieuse du Christ  auprès de son Père.

 

Hélas nous continuons à distiller le poison du mépris, de la haine, de la rancœur, de la colère,  de la jalousie, du désir de vengeance, etc qui se diffuse dans le monde et contribue à le dégrader, engendrant chaque jour son poids de souffrances.

 

Devant ce triste état de fait, reconnaissons que Dieu aurait 1000 raisons de perdre patience avec nous ! Pourtant ce n’est pas le cas. La parabole du figuier par laquelle Jésus conclut son exhortation nous révèle que loin de se lasser de notre obstination au mal, le Seigneur déploie tout au contraire un surcroît d’efforts et de patience.

 

Nous sommes donc bien plus comblés durant notre pèlerinage terrestre, que le peuple durant sa traversée du désert.

 

C'est la Présence de Dieu « Je suis Celui qui suis », révélée par Moïse. C’est son Fils unique qui vient aujourd’hui jusqu’à nous dans cette célébration eucharistique, pour nous révéler la Patience de Dieu, qui est « Seigneur de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour. Il pardonne toutes nos offenses et nous guérit de toute maladie » (Ps 102).

 

Nous aussi, comme Moïse au désert, nous avons fait ce matin « un détour pour voir cette chose extraordinaire » : un Dieu qui a vu la misère de ses enfants, qui entend leurs cris, qui connaît ses souffrances et qui descend sur l’autel, sous les espèces du Pain et du Vin, pour s’unir à eux. 

 

Comment repartirions-nous ? Comme nous sommes venus ?

 

Père Denis LECOMPTE, le 7 mars 2010

 

Article publié par • Publié Lundi 15 mars 2010 • 2906 visites

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