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Basilique Notre Dame

Valenciennes: peurs sur la basilique

Publié le 09/09/2015 dans la Voix du Nord, édition de Valenciennes

PAR VÉRONIQUE BERTIN

 

À l’heure des choix, Laurent Degallaix a en tête cette phrase que lui a dite un jour Jean-Louis Borloo : « À Valenciennes, il y a le VAFC et le Saint-Cordon et un attachement viscéral aux deux. » Pour le maire, il y a urgence. Pas question de mégoter avec la sécurité autour de la basilique.

 

Le clocher de la basilique du Saint-Cordon n’est pas encore la tour de Pise. Mais quand il passe au pied, Laurent Degallaix le regarde et il s’inquiète : « Plus je le vois et plus je trouve qu’il penche. » Le maire de Valenciennes a peur. Il redoute qu’un jour, il ne tombe sur la maison de quartier voisine, sur les maisons du vieux Valenciennes ou sur des passants. C’est bien parce qu’il a peur qu’il ne tombe un jour qu’il veut aller vite (trop selon certains opposants) et ne pas attendre le verdict de la justice qui n’a pas encore tranché ce dossier et les malfaçons avérées du chantier.

 

Quatre solutions

Pour assurer la sécurité autour de la basilique, Laurent Degallaix a passé en revue quatre solutions. La première, la plus chère, permettrait de restaurer en totalité « y compris le clocher qui a déjà fait l’objet de rafistolage » pour 45 à 50 millions d’euros. La deuxième, la plus économique mais aussi la plus radicale, consisterait à « déconstruire mais en récupérant les vitraux » pour 12 à 15 millions d’euros. La troisième, celle qui a sa préférence, serait la solution intermédiaire entre les deux précédentes « pour mettre le bâtiment en sécurité et préserver l’édifice ». À savoir étêté une partie du clocher trop lourde et qui menace la stabilité de l’ensemble pour un montant de 25 millions. Enfin la quatrième piste pourrait être une déconstruction avec l’engagement de « créer à cet emplacement un lieu dédié à Notre-Dame ».

 

« Un débat sera ouvert »

Laurent Degallaix assume son choix de se passer d’une partie du clocher : « Nous sommes en période de crise. Les Valenciennois sont attachés à la basilique mais ils savent aussi que la sauvegarde a un coût et qu’il y a beaucoup à faire ici. » Une piscine à reconstruire par exemple. Le maire promet d’en débattre avec son conseil municipal « qui représente la population » et avec l’évêché. « Le débat sera ouvert mais je ne mégote pas avec la sécurité », affirme-t-il. Avant de décider quoi que ce soit, il devra d’abord avoir le feu vert de la Direction régionale des affaires culturelles, la DRAC. Le rendez-vous prévu vendredi dernier a été annulé et reporté. Le maire a proposé d’organiser le prochain sur place pour que les spécialistes du patrimoine se rendent compte des enjeux. Il aimerait démarrer le chantier en mars 2016 (pour une durée d’un an et demi) « car tous les jours je croise les doigts pour qu’il n’y ait pas d’accident ».

Des expertises toujours en cours

En mai 2009, la ville de Valenciennes a demandé une expertise devant le tribunal administratif de Lille. Un expert a été désigné. En parallèle, l’entreprise Cazeaux en charge du chantier (elle a sous-traité une partie à Keller Fondations spéciales) a demandé une expertise devant le tribunal de grande instance de Lille. C’est le même expert qui a été nommé. Il a rendu son rapport pour le TGI ; pas pour le TA.

Du coup, la ville de Valenciennes a missionné un autre expert ainsi qu’un second. Les deux pros avaient deux missions différentes : le premier devrait déterminer l’origine des désordres et déterminer les responsabilités ; le second devait préconiser des mesures conservatoires et les chiffrer. Ces rapports n’auraient toujours pas été rendus. L’expert mandaté sur les causes attendrait l’avis de la DRAC avant de rendre son rapport selon la ville de Valenciennes.

Des réactions en cascade

Le point de vue du clergé et des associations

Denis Lecompte va quitter Valenciennes après une dernière messe le 20 septembre. Le recteur de la basilique du Saint-Cordon partira avec un regret : « Ne jamais avoir pu y célébrer. » Entre les fientes de pigeons et la poussière, à l’intérieur, c’est un spectacle de désolation (notre photo avant le début du chantier). Mgr Lecompte entend les propositions de Laurent Degallaix : « Si la viabilisation du bâtiment et du clocher doit passer par l’étêtage, pourquoi pas. » Le prêtre souhaite que la mairie n’oublie pas que « la basilique, c’est notre tour Eiffel de Valenciennes ».

Alain Cybertowicz, président du comité de sauvegarde du patrimoine valenciennois, redoutait une démolition. Le Saint-Saulvien est rassuré et questionne : « Le comité demande la sauvegarde au maximum. Si le clocher ne bouge plus comme semblent le dire les experts, pourquoi on ne le garderait pas ? » Un impératif tout de même : « Qu’elle reste consacrée. La basilique représente la dévotion à Marie. »

Un pis-aller aussi pour Alexandre Bonduelle, président de l’Association pour la restauration de la basilique Notre-Dame du Saint-Cordon : « C’est un soulagement de savoir qu’elle sera préservée mais l’idéal reste quand même une restauration complète. » Au lancement des travaux en 2007, son association avait récolté 120 000 € pour sa sauvegarde, « cela montre l’attachement ». Depuis, son association est un peu en sommeil mais il reste vigilant et attentif au devenir de ce « monument emblématique de la ville ».

 

L’avis de l’opposition

Didier Legrand. « La méthodologie du maire est inacceptable. Il annonce en février que c’est décidé mais on n’arrive pas à avoir un seul document sur les expertises. Il boucle le dossier alors qu’il n’y a ni débat, ni concertation. Sans les informations nécessaires, il n’est pas possible de faire un choix. J’ai l’impression qu’on nous cache des choses sur ce dossier, à nous élus d’opposition et aux associations de protection du patrimoine. C’est dommage d’avoir dépensé des millions d’euros et d’un coup dire qu’il faut raser. Des entreprises ont commis des erreurs. La responsabilité leur revient. Que vont-elles payer ? »

Jean-Claude Dulieu. « Cette basilique est un symbole important pour la communauté catholique et au niveau cultuel et culturel. Pour les travaux d’étêtage, on nous parle d’un budget important de 25 millions sur dix ans. Compte tenu de ces éléments, l’avenir de la basilique ne doit pas être décidé que par le maire et le conseil. Il faut un débat public important. Il y a plusieurs scénarios possibles. Moi, je n’ai aucune idée préconçue mais je pense qu’il est nécessaire de prendre le temps. Une décision comme celle-là ne doit pas se prendre en trois mois. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. Cet édifice compte dans le paysage du Valenciennois et il ne faudra pas se dire une fois une somme pareille investie, on aurait dû faire ça. »

Jean-Luc François Laurent. « L’édifice nécessite d’importants travaux de consolidation. Aujourd’hui, il faudrait plusieurs solutions. Il faut mettre ça dans les mains de gens compétents pour des propositions techniques et chiffrer le coût. Il faut consolider mais ce qui m’inquiète, c’est ce qui se passera dans plusieurs années si l’édifice continue de bouger. Les études actuelles ne garantissent pas l’avenir. Il faut aussi se demander si c’est prioritaire et si Valenciennes a suffisamment d’argent pour le faire. Ce lieu de culte est renommé dans le Valenciennois et plus loin. Il faut en discuter en conseil mais la population a aussi son mot à dire. Un référendum local pourrait être intéressant car le sujet est important. »

Article publié par Claire DUPONT • Publié Samedi 21 novembre 2015 • 734 visites

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