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Homélie du 4ème dimanche de carême

Vous trouverez ci-dessous l'homélie relative à l'Evangile de Jésus Christ selon St Luc (15, 1-3 11-32) par le Père Denis LECOMPTE

 

La  Parabole  du  Père  Prodigue

 

En ce dimanche, nous avons la joie immense de réécouter la plus belle, la plus riche, la plus émouvante des paraboles de Jésus. Charles Péguy a pu écrire : C'est la parole de Jésus qui a porté le plus loin. Elle est célèbre même chez les impies. Et celui qui l'entend pour la 100ème fois, c'est comme si c'était la 1ère fois (Le porche du mystère de la 2ème vertu).

 

Pour la comprendre, il faut remarquer qu'elle surgit dans une situation de conflit.

 

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l'écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et il mange avec eux !? ». Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils »

Le père est évidemment l'image de Dieu et les 2 fils correspondent aux 2 groupes qui entourent Jésus. Donc par la parabole, Jésus prétend révéler le véritable comportement de Dieu à l'égard des hommes qu'il vivra lui-même.   

 

1.  L'ABANDON DE DIEU

Le plus jeune dit à son père : « Donne-moi la part d'héritage qui me revient ».

Et le père fit le partage de ses biens... Le fils partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre.

Avec quelle impatience ce fils attendait ce jour ! Il lui était devenu insupportable de rester plus longtemps dans cette maison : le poids du père l'étouffait. Exiger son héritage, c'était au fond comme vouloir la mort du père. Il voulait être adulte, décider à sa guise, ne plus obéir à un maître, cesser d'obéir comme un gosse. Et il s'en alla, loin, le plus loin possible (ce pays n'est évidemment sur aucune carte : il désigne une condition de vie). A moi la belle vie, la dolce vita ! AVOIR, posséder : c'est la toute-puissance arrachée à Dieu. Acheter tout ce dont on a envie, gaspiller, s'enivrer, s'offrir les filles faciles, goûter à tout, ne plus entendre des reproches. Enfin il se sentait libre, indépendant, autonome. Un homme. Est-ce donc pour cela que notre société de consommation à outrance éloigne de Dieu ?

 

Mais le pays loin de Dieu, le monde de la non-foi, conduit à des lendemains qui déchantent.

Quand l'homme veut « s'éclater » comme on dit, il arrive toujours un moment de saturation, de dégoût. Lorsque la liberté devient licence, elle bascule dans l'esclavage. La satisfaction indéfinie des besoins ne peut combler l'infini du désir qui nous habite et qui est celui de l'amour. L'homme devient misérable, dépouillé, sans ressources :

Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint et il se trouva dans la misère.

Il alla s'embaucher chez un homme qui l'envoya garder les cochons  et personne ne lui donnait rien

Lui qui avait pris la femme comme un objet devient à son tour un objet, un bon à rien, un sans droit, que le patron peut exploiter et pressurer à merci. Ainsi, en quelques mots, Jésus esquisse l'horreur d'une société qui veut s'édifier sans le Père : elle promet tous les plaisirs, la fin de ce qu'elle appelle « l'aliénation religieuse », la suppression des interdits, l'épanouissement, l'explosion sans frein de la vie... et elle se révèle une jungle où un jeune nanti  peut assouvir ses passions en multipliant les partenaires... mais où un patron  peut faire fortune en réduisant son personnel en esclavage. Dans ce pays où le jeune s'est élancé avec ivresse, il n'y pas de mariage fidèle (il ne se marie pas) et pas de justice sociale. L'homme y est un loup pour l'homme - et pire encore pour la femme !

Mais quand perce la conscience du désastre, il peut commencer à penser. Bienheureux les pauvres : ils sont en quête de Dieu.

Alors il réfléchit : « Les ouvriers de mon père ont du pain en abondance ; et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père et je lui dirai : « Père, j'ai péché, je ne mérite plus d'être appelé ton fils, prends-moi comme un ouvrier ». Et il partit.

Aucune honte sur sa conduite, aucun remords d'avoir peiné son père. S'il envisage de rentrer, c'est parce qu'il y est forcé car loin de Dieu, l'homme, pris dans les filets d'un monde sans cœur, glisse à la mort. En route, il se demande, anxieux, si son père l'acceptera. Ne va-t-il pas lui claquer la porte au nez, le chasser avec colère, le punir durement ?

 

2.   DECOUVRIR ENFIN LE VRAI VISAGE DE DIEU

Et c'est alors qu'éclate la merveille. Lorsque nous avons tourné le dos à Dieu, que nous nous sentons voués à la mort, que nous craignons le châtiment éternel, voici au contraire que nous découvrons LE PERE QUI SE REVELE DANS SA TENDRESSE INFINIE. Jamais jusqu'alors on n'avait osé écrire pareille phrase. Péguy, le converti, en pleurait !

Comme il était encore loin, son père l'aperçut  et fut bouleversé aux entrailles.

Il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.

Dans les 2 paraboles précédentes, le berger était parti à la recherche de sa brebis perdue, la femme avait multiplié les efforts pour retrouver sa drachme égarée ; mais ici il s'agit de l'homme, donc de liberté. Le père est certes affligé par le départ de tant de ses enfants mais il ne les ramène pas de force car, comme disait encore Péguy, Dieu ne veut pas des prosternements d'esclaves. Et s'il n'exige pas « la contrition parfaite », il faut au moins que l'homme perdu bégaie un appel, manifeste un début de démarche. Mais dès qu'il le perçoit, Dieu est ému, bouleversé. Le sentiment du père (Dieu) n'est pas la « pitié » mais la miséricorde ; un mot qui, en hébreu, désigne l'émotion de « la matrice ». Et voilà pourquoi le récit ne mentionnait pas de mère. Car Dieu est père et mère à la fois (Rembrandt). Dans l'abîme où le péché nous a fait basculer, Dieu se précipite pour nous sauver, il se jette au cou du traître et le dévore de baisers. St Jean dira : Dieu a tant aimé le monde !

Le jeune murmure un début d'aveu : Père, j'ai péché, je me mérite plus...  Mais le père le coupe, il refuse d'entendre la fin de la phrase (Traite-moi comme un ouvrier) : même défiguré par la débauche, l'alcool, la drogue, le crime, son enfant reste son enfant. Dieu ne nous reniera jamais. Son amour est infini, sa tendresse est sans bornes. Il n'est qu'amour et il ne peut qu'aimer. A celui qui présente les blessures de ses fautes, Dieu ne peut que  tendre les bras. Que son enfant soit à ce point abîmé par le péché lui est intolérable ; non seulement il ne peut lui infliger une pénitence, mais il ne veut pas le laisser une minute de plus  dans cet état. Il le restitue dans sa beauté :

Le père dit : « Vite, apportez son plus beau vêtement, mettez-lui une bague au doigt, des sandales aux pieds. Allez tuer le veau gras. Mangeons et festoyons.

Car MON FILS QUE VOILÀ ETAIT MORT ET IL EST REVENU A LA VIE...IL ETAIT PERDU ET IL EST RETROUVE. Et ils commencèrent la fête ».

Dieu nous offre « ce que » nous voulions nous donner nous-mêmes. Comblé par la miséricorde, le fils comprend enfin qui est Dieu : non un père castrateur, un despote jaloux de sa puissance, non « le sur-moi » mais un PERE qui veut des enfants libres, fiers, debout. Ah ! « Bienheureuse faute » (Exultet de Pâques)  qui nous libère des caricatures de Dieu pour enfin le découvrir comme un Père qui veut la gloire de ses fils.

Lequel des 2 fils connaît le mieux son Père ? Paradoxalement c'est le pécheur ! C'est le cadet (souvent dans la Bible : Abel plutôt que Caïn; Jacob-Esaü; les derniers + jeunes : Joseph, David…)

Le Cardinal Lustiger a pu dire que le cadet = païens et l'ainé = juifs!

L'Eucharistie est le banquet où Dieu invite tous les pécheurs à célébrer leurs retrouvailles dans la réconciliation.

Le père : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi. Mais il fallait festoyer car ton frère était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ».

Le veau gras sera remplacé par l'agneau de Dieu : banquet de l'Eucharistie pour tous les enfants perdus et retrouvés !

 

 

3. LA PRATIQUE SANS CŒUR

Mais il y a l'autre, l'aîné ! Il est demeuré à la maison, LUI ! fidèle, droit, travailleur, bon pratiquant, sans péché (croit-il !). Lorsqu'il apprend que le père a organisé un festin pour fêter le retour de son frère, il se met en colère et refuse d'entrer. A son père sorti à sa rencontre, il crache sa hargne :

« Il y a tant d'années que je te sers, jamais tu ne m'as donné un chevreau. Mais quand ton fils est arrivé, après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer le veau gras pour lui !!?... »

Il enrage : il s'est toujours efforcé de mener une vie obéissante, avec beaucoup de sacrifices, dans la routine des jours, et voilà que le père organise une grande célébration  pour fêter le retour du débauché. A quoi sert-il donc d'être un bon croyant ? Mais Dieu ne partage pas nos conceptions mesquines : il n'est pas un roi qui punit ses sujets félons, ni un patron qui chasse un employé. IL EST PERE  de façon irrémissible.

Le père : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi. Mais il fallait festoyer car ton frère était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ».

L'aîné non plus n'avait pas compris Dieu : il obéissait avec une mentalité servile sans jouir de sa liberté, sans goûter le bonheur de croire et de demeurer dans la Vie.

Oui, le cadet a très mal agi, mais pour Dieu il ne peut y avoir de conduite impardonnable. Ce fils a été très malheureux, il a eu désir de rentrer, il a reconnu son péché : cela suffit pour que  moi, son père, je sois bouleversé. Ton frère vit et tu n'en es pas heureux ? Je ne veux pas la mort du pécheur mais qu'il vive.

Alors que va faire l'aîné ? On attendrait qu'il comprenne, qu'il entre dans la maison pour aller embrasser son cadet et se joindre à l'allégresse générale. Eh bien non, la parabole finit mal, sur un échec apparent de Dieu. Le refus du pardon au frère est pire que la débauche.

 

 

Quel Dieu avaient les 2 fils ? : un maître puissant.

D'où 2 seules possibilités : ou accepter son esclavage ou le fuir pour être libre.

Quel Père se révèle ? Comment opère-t-il pour que son accueil  ne soit pas écrasant ?

 L'Eglise est la communauté où tous les frères (et sœurs)  reçoivent  et fêtent le pardon.

 L'aîné ne représente-t-il pas la conscience intransigeante ? ...

Les Pharisiens ne pardonneront pas cette parabole à Jésus et ils le feront tuer.

Le veau gras sera remplacé par « l'agneau de Dieu ».

C'est alors que pourra s'ouvrir le banquet de l'Eucharistie pour tous les enfants perdus et retrouvés !

 

Père Denis LECOMPTE, le 14 mars 2010


 

Article publié par • Publié Vendredi 19 mars 2010 • 1614 visites

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